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Amazonie : Voix autochtones et justice climatique – Vers la COP30

3. Peuples Autochtones, NEWS| Views: 750

Le 14 avril 2025, à Sciences Po Paris, dans le cadre du programme Amazonie(s), une conférence a réuni deux figures majeures de la défense des droits autochtones et de l’environnement : Txai Suruí, juriste et activiste du peuple Paiter-Suruí, engagée dans la lutte contre la déforestation et la défense des droits des peuples autochtones, et Thiago Karai Djekupe, leader du peuple Guarani, connu pour son travail de préservation du territoire sacré du Pico do Jaraguá et ses actions contre les projets de destruction de la forêt atlantique. Leur intervention a mis en lumière les défis actuels de l’Amazonie face aux enjeux climatiques mondiaux.

Des droits constitutionnels menacés

L’histoire des peuples autochtones au Brésil est marquée par une succession de luttes pour la reconnaissance de leurs territoires et de leurs droits fondamentaux. La Constitution de 1988 représentait une avancée majeure, reconnaissant le droit à la terre, à la culture et à l’autonomie. Pourtant, plus de trente ans plus tard, ces garanties sont remises en cause par des projets législatifs régressifs et une dynamique politique favorable à l’agro-industrie.

Txai Suruí a souligné cette érosion progressive des droits constitutionnels. Elle a dénoncé le concept de “Marco Temporal”, une interprétation juridique qui restreint la reconnaissance des terres autochtones aux seules zones occupées au moment de la promulgation de la Constitution. Cette approche, soutenue par la puissante bancada ruralista, s’inscrit dans une stratégie plus large de restriction des droits territoriaux. Elle menace directement l’existence de nombreux peuples, déplacés de force ou contraints par la violence à abandonner leurs terres.

Conflits environnementaux et justice internationale

Thiago Karai Djekupe a évoqué les conflits croissants entre les communautés autochtones et les grandes entreprises, citant l’exemple de la catastrophe de Rio Doce, où la rupture d’un barrage minier de l’entreprise Vale a causé une pollution massive et plusieurs morts. Ce drame illustre la vulnérabilité des territoires face aux intérêts économiques, et le manque flagrant de considération adressé aux victimes, dont les proches recevront moins de 3000€ de dédommagement. 

Le cas de Rio Doce n’est malheureusement qu’un exemple parmi d’autres. Partout en Amazonie, les projets miniers, les concessions forestières ou encore les grandes exploitations agricoles avancent sur des terres habitées depuis des siècles. Ces projets entraînent une destruction accélérée des écosystèmes, une contamination des ressources naturelles et des atteintes irréversibles aux cultures locales.

Face à l’inaction ou à la complicité de l’État, de nombreuses voix s’élèvent pour demander que ces atteintes soient jugées à l’échelle internationale. La reconnaissance d’un écocide comme crime contre l’humanité est ainsi portée par plusieurs mouvements autochtones et organisations environnementales. À cela s’ajoute une revendication forte : la reconnaissance juridique de l’Amazonie comme entité vivante, avec l’attribution de droits propres à ce territoire. Leur objectif commun : faire évoluer le droit international pour protéger les territoires du vivant et en finir avec l’impunité.

Vers une reconnaissance des savoirs autochtones

Les savoirs autochtones ne relèvent pas seulement de la tradition : ils constituent une science à part entière, ancrée dans une connaissance fine des milieux, des plantes, des cycles naturels. Txai Suruí et Thiago Karai Djekupe ont souligné l’importance de penser une écologie relationnelle, où l’humain ne domine pas la nature mais interagit avec elle dans un rapport de réciprocité, pour rompre avec une vision extractiviste de la nature.

Les intervenants ont plaidé pour une intégration pleine et entière de ces savoirs dans les politiques environnementales. Ils ont proposé de coupler l’étude des sciences environnementales à une meilleure connaissance de l’activisme amérindien, afin de développer des solutions durables et inclusives fondées sur leurs savoirs ancestraux. 

Ces savoirs sont aussi porteurs d’une vision politique alternative : celle de la communauté, de l’interdépendance, du soin. Ils doivent donc être reconnus comme tels dans les cercles de décision, les institutions scientifiques et les processus de négociation environnementale. Cette reconnaissance passe également par un soutien structurel : financement de la recherche autochtone, appui aux écoles indigènes, et inclusion dans les espaces éducatifs et culturels.

Mobilisation et visibilité des luttes

Pour que les droits autochtones soient respectés, il est essentiel que leurs luttes soient visibles, entendues et relayées. Cela passe par les médias, mais aussi par les arts, la culture, la présence dans les institutions. Txai Suruí l’a rappelé : les peuples autochtones ne doivent pas être représentés uniquement comme des victimes, mais comme des acteurs du changement, des porteurs de solutions.

Leur mobilisation est multiforme : manifestations de rue, actions en justice, participation aux COP, créations artistiques, alliances internationales. Ce maillage d’actions constitue une force politique qui gagne en puissance.

La conférence a ainsi souligné l’importance de la pression citoyenne, notamment à travers des campagnes de sensibilisation et la solidarité internationale. C’est aussi un appel à chacun.e de nous : écouter, relayer, soutenir ces luttes, et reconnaître en elles un combat pour le futur de tous.


Cet événement s’inscrit dans une série de rencontres organisées en amont de la COP30, prévue en novembre 2025 à Belém. Il souligne l’urgence de placer les droits des peuples autochtones et la protection de l’Amazonie au cœur des discussions climatiques mondiales, pour contrer les discours des entrepreneurs du soja.

Car rappelons le, il s’agit “de ne pas faire seulement une COP en Amazonie, mais pour l’Amazonie”. 

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