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Confluence of European Water Bodies 2025

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« Lorsque deux rivières ou plus se rencontrent dans un paysage, elles se rejoignent et continuent comme un seul corps d’eau : elles ‘confluent’. »

Introduction

Chaque année, les cours d’eau du réseau se rassemblent pour un rituel unique : la Confluence des cours d’eau européens. Pendant quelques jours, 35 rivières, lacs et mers se rencontrent à travers leurs représentants humains. La Confluence est un espace pour partager des histoires, échanger des idées et imaginer un futur où les droits de la nature sont reconnus et protégés.

L’édition 2025 a eu lieu aux Pays-Bas, avec des événements organisés le long des côtes venteuses de Bergen aan Zee et des canaux vibrants d’Amsterdam, sous l’égide de l’Ambassade de la Mer du Nord. NR et GARN Europe ont été invités en tant que parties prenantes clés, avec nos représentantes Léa et Lisa participant aux échanges. L’objectif de notre équipe à la Confluence était de renforcer le réseau européen des organisations pour les droits de la nature, de créer de nouvelles connexions et d’inspirer une action collaborative pour défendre les cours d’eau à travers le continent.

Jour 1 – Ouverture à De Balie, Amsterdam

La Confluence des cours d’eau 2025 s’est ouverte à De Balie à Amsterdam par une conférence inspirante suivie d’un concert.

L’auteur Robert Macfarlane a guidé les participants dans une réflexion autour de sa question centrale : Une rivière est-elle vivante ? Il a souligné que les rivières, de l’Amazone à l’Amstel, sont encore souvent traitées comme de simples ressources, soumises au contrôle humain. Il a exploré les liens profonds, culturels, écologiques et spirituels entre les humains et les cours d’eau, en insistant sur le fait que reconnaître les rivières comme des entités vivantes est crucial pour restaurer les écosystèmes endommagés. Ses réflexions ont appelé à une réimagination radicale du droit, du langage et du territoire, un passage de la domination de la nature à la parenté, principes clés que notre organisation défend.

Ensuite, le cours d’eau glaciale Snæfellsjökull fyrir forseta (connu pour avoir candidaté à la présidence islandaise en 2024) a réalisé un rituel choral intitulé Drop, Ripple, Puddle, O. Cette performance a impliqué les participants dans une composition multisensorielle, tissant ensemble des éléments visuels, sonores et gestuels issus des nombreuses langues humaines représentées à la Confluence. L’inspiration venait des eaux saumâtres du Singelgracht, intégrées dans une sculpture sonore cymatique.

Enfin, la Confluence a été accueillie dans sa résidence temporaire sur la côte de la Mer du Nord : le Zeehuis et Huize Glory, isolés et d’une beauté saisissante, nichés parmi les dunes, le vent et la mer. Les participants y ont vécu, travaillé et approfondi leur confluence avec les autres participants et les cours d’eau représentés. Le cadre serein a offert un espace de réflexion, de collaboration et de connexion avec la nature. Le Zeehuis, géré par Friends of Nature Netherlands, offrait un cadre parfait.

Jour 2 – Ateliers artistiques et réflexions sur le corps-territoire

Le deuxième jour a invité les participants à une série d’ateliers artistiques, de rituels co-créés et de sessions de travail. Lors des sessions parallèles du matin, notre équipe a exploré le concept de Corps-Territoire, posant des questions profondes : Qu’est-ce qu’un corps ? Existe-t-il des corps au-delà de la consommation, du désir ou du territoire ? Les corps peuvent-ils exister sans être confinés par les attentes sociales, raciales ou de genre ?

L’atelier a mis en lumière comment la modernité a construit le corps comme une machine : clos sur lui-même, défini biologiquement, sexuée, racialisé et assigné à une valeur sociale. En contraste, les féminismes décoloniaux et les savoirs autochtones proposent une continuité entre les corps et les territoires qu’ils habitent. Comme le montrent des slogans en Amérique latine et dans les Caraïbes : « Notre corps est notre premier territoire » et « Ni la terre ni nos corps ne sont des territoires de conquête ». Les participants ont été invités à se voir non pas simplement comme des corps dans un territoire, mais comme Corps-Territoire, interconnectés avec la terre, l’eau et les écosystèmes dans lesquels ils vivent.

Pour cette session, des liens personnels ont été mis en avant en parallèle aux cours d’eau : Léa s’est concentrée sur la Méditerranée, tandis que Lisa a réfléchi sur les glaciers des Pyrénées. L’atelier, animé par Rosa Jijón, a encouragé une réflexion critique sur la manière dont les territoires façonnent les corps et sur comment l’action collective peut résister aux impacts extractivistes. Grâce à des analyses historiques et locales, les participants ont créé des cartes Corps-Territoire, identifiant les activités extractives et leurs impacts environnementaux, sociaux, économiques et sanitaires.

L’après-midi, Léa et Lisa ont participé à Ocean Litter, Seafloor Stories, un atelier sensoriel et une promenade consciente sur la plage visant à révéler les récits cachés de la mer. Marchant pieds nus sur une plage sauvage, elles ont collecté des objets échoués, naturels et fabriqués par l’homme. À travers la découverte tactile, les cercles de narration et une exposition extérieure ludique, ces objets ont été examinés comme des vecteurs de mémoire, d’écologie et d’impact humain. L’atelier a favorisé la réflexion sur les relations personnelles et collectives avec l’océan, mettant en lumière sa beauté mais aussi les conséquences de la pollution. La session a été dirigée par Magdalena Tworek et Vena Naskrecka, collaborant dans le domaine de la performance, du mouvement et de l’art participatif. Magdalena, danseuse, actrice et travailleuse culturelle, crée des espaces ludiques et réflexifs explorant la participation et les identités fluides. Vena, artiste et chercheuse interdisciplinaire, se concentre sur les droits de la nature, la justice sociale et les pratiques incarnées.

Jour 3 – Imaginer l’avenir au Museum Kranenburgh

Le troisième jour, les participants se sont réunis au Museum Kranenburgh pour la session Water Bodies Future Thinking, modérée le matin par Carolijn Terwindt et l’après-midi par Claudia Fernandez de Cordoba Farini.

Cette session a marqué un tournant pour le réseau, déplaçant le focus de la familiarisation avec les cours d’eau et initiatives mutuelles vers l’action collaborative et la planification à long terme. Inspirés par des projets innovants, les membres ont partagé leur vision du rôle et de l’influence du réseau en 2045 et proposé des idées concrètes de collaboration pour les années à venir. L’objectif était de renforcer l’action collective européenne tout en soutenant les initiatives locales – parfait pour GARN Europe !

La matinée a été consacrée à des présentations inspirantes : Li An Phoa (Drinkable Rivers), Claudia Fernandez de Cordoba Farini (Bioregional Governance & Future Thinking), Kaas Kuitenbrouwer (Zoöp), Christiane Bosman & Pietro Consolandi, et l’artiste Arne Hendriks, qui a présenté l’œuvre collective Tapestry of Minutes. Ces interventions ont encouragé les participants à réfléchir sur des collaborations réalistes et ambitieuses et à imaginer une vision commune pour le réseau.

Lors du World Café, les participants se sont regroupés pour approfondir ces idées, contribuant par des mots-clés et des réflexions sur des bandes de papier peintes, intégrées ensuite dans le Tapestry of Minutes. La Bazaar of Ideas a suivi, permettant aux participants de circuler, partager des retours et affiner les idées du réseau.

Après le déjeuner, la session Harvesting the Future a consolidé les discussions, clarifiant les idées principales, le vocabulaire commun et les initiatives prometteuses. Les participants ont exploré des questions clés : comment créer des environnements favorables aux alternatives ascendantes, combiner changements ontologiques et politico-économiques pour défier les logiques structurelles, et concevoir une gouvernance inclusive pour les humains et les entités non humaines.

La journée s’est terminée par la projection du documentaire The Coriolis Effect, situé au Cap-Vert, surnommé « le lieu où naissent les ouragans ». Le film poétique et visuellement frappant explorait notre monde hors de contrôle et la relation croissante et inquiétante entre les humains et la nature. Un fil narratif récurrent suivait les tortues marines, dont le Cap-Vert abrite l’un des plus grands sites de nidification au monde. La projection a été suivie d’une séance de Q&A avec le réalisateur Petr Lohm et la productrice Corinne van Egeraat, permettant aux participants d’échanger directement avec les créateurs.

Jour 4 – Programme académique UVA : Rights of Nature Beyond the Looking Glass

Le dernier jour, nous avons participé à l’atelier Rights of Nature Beyond the Looking Glass à l’Université d’Amsterdam. La session a réuni les membres de la Confluence et les chercheurs du projet interdisciplinaire, dirigé par Dr. Laura Burgers. L’atelier a exploré la signification concrète des droits de la nature, les défis et stratégies, ainsi que l’influence des perspectives autochtones et du Sud global sur les cours d’eau européens.

La matinée a commencé par une présentation des recherches en cours, y compris des études de cas sur la Mar Menor en Espagne et la mer des Wadden aux Pays-Bas. Ensuite, les participants ont participé à quatre World Cafés :

  1. Votre cours d’eau – partager des liens personnels avec leur cours d’eau.
  2. Droits de la nature : le concept – réfléchir à la signification des droits de la nature.
  3. Perspectives du Sud global – discuter de l’influence des approches autochtones et du Sud global.
  4. Défis et stratégies – échanger sur les obstacles et les approches efficaces pour protéger les cours d’eau.

Après de riches discussions, et avec Lisa prenant même le micro (!), l’atelier a abouti à la création d’un document d’insights co-créé, synthétisant les connaissances, stratégies et expériences collectives partagées durant la session. Dr. Colin Hickey a prononcé les remarques finales. Les chercheurs espèrent également utiliser les informations recueillies pour un futur projet de recherche sur les droits de la nature en Europe.

La Confluence s’est terminée à l’Amstelkerk avec la réunion inaugurale de la Dogger Bank Coalition. La Dogger Bank est un banc de sable sous-marin situé au cœur de la mer du Nord : une zone unique classée Natura 2000 et un site de reproduction essentiel, abrite une biodiversité élevée malgré son état dégradé. Au cours des trois prochaines années, la coalition — dirigée par l’Ambassade de la Mer du Nord et la Doggerland Foundation — travaillera à améliorer la représentation juridique, culturelle et politique de la Dogger Bank, tout en menant des actions de restauration de la nature, passive et active, avec l’objectif d’une Dogger Bank robuste et résiliente d’ici 2050.

La coalition réunit l’Atlantic Technological University (Irlande), la Blue Marine Foundation (Royaume-Uni), BUND (Allemagne), WWF (Danemark), ARK Rewilding Netherlands, l’Ambassade de la Mer du Nord et la Doggerland Foundation (Pays-Bas). Au cours de la soirée, les fondateurs de la coalition ont présenté leurs principes, plans, recherches et actions. La School of Dogger Bank a exposé des recherches interdisciplinaires couvrant l’art, le design, le droit et les sciences, suivies d’opportunités de dialogue et d’échanges entre les participants. Ces derniers ont également été invités à signer la déclaration fondatrice de la coalition.

La clôture a été marquée par une performance de la Water Bodies Orchestra, un projet numérique et interactif dirigé par les artistes Harpo ‘t Hart et Steye Hallema. À travers cette expérience participative, les voix humaines et non humaines des cours d’eau se sont réunies dans un moment performatif unique, marquant la fin résonnante de la Confluence 2025.

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