Pietro Consolandi, Christiane Bosman
La deuxième édition de la “Confluence des milieux aquatiques européens” s’est déroulée du 3 au 6 octobre 2024, dans l’étonnante lagune de Venise. Ce rassemblement a réuni plus de 25 rivières, mers, lacs, glaciers et lagunes de toute l’Europe, tous unis pour obtenir une reconnaissance juridique, politique et culturelle de leurs écosystèmes. La Confluence a été une vitrine inspirante de l’action collective pour la protection des masses d’eau naturelles de l’Europe.
La Confluence inaugurale, qui s’est tenue en 2023 dans la Mar Menor, a marqué un tournant, puisqu’il s’agissait d’un pèlerinage sans précédent au cours duquel des dizaines d’écosystèmes aquatiques européens ont célébré leur fraternité avec la lagune espagnole, la première d’Europe à disposer d’une personnalité juridique. À la suite de cet événement historique, la Confluence de 2024 à Venise a constitué une nouvelle plateforme de collaboration, d’éducation et de célébration de ces masses d’eau d’une importance cruciale. L’événement a été marqué par une participation diversifiée et dynamique, incluant des écosystèmes aquatiques tels que l’Akerselva, la mer Baltique, le Dogger Bank, la Drina, les eaux de Gênes, la Loire, la Mar Menor, la mer Méditerranée, la mer du Nord, la Vistule, la lagune de Venise bien sûr, et bien d’autres encore.

MARDI
Tout au long de la semaine, les participants ont pris part à diverses activités, notamment des visites de terrain, des présentations et des collaborations artistiques. Mardi, le groupe du Campus « Mountains flow » s’est rendu à Venise pour visiter la rivière Piave, une masse d’eau vitale menacée par la construction prévue d’un bassin d’expansion artificiel dans la région de Grave Di Ciano. Ce bassin naturel, qui abrite une biodiversité unique, est depuis longtemps un point de repère biologique et culturel important pour les communautés locales. Malgré son rôle crucial dans la régulation du débit de la rivière, le bassin est aujourd’hui menacé par des pratiques de gestion de l’eau mal pensées, motivées par une approche rétrograde de l’adaptation au climat. La visite a donné lieu à d’importantes discussions sur la manière de mobiliser les citoyens et de soutenir les activistes locaux dans leur résistance au projet de barrage, avec des conseils importants sur la manière d’utiliser les outils juridiques disponibles. L’art et le droit ont été mis à profit pour sensibiliser la population et plaider en faveur de la protection de cette zone écologiquement importante.
MERCREDI
Les jours suivants, le Campus a évolué organiquement vers la Confluence, avec plusieurs présentations clés d’écologistes, d’experts juridiques et d’artistes de premier plan. Parmi les orateurs les plus connus, citons Neil Williams, de l’université de Southampton, représentant le réseau britannique des droits de la nature, et Massimiliano Montini, de l’université de Sienne. Parmi les autres voix influentes, citons l’avocate spécialiste de l’environnement Daniele Marra, Rosa Jijon d’Arts4theCommons, et Léa Corbière, coordinatrice du pôle européen de l’Alliance mondiale pour les droits de la nature (GARN). Leurs interventions ont mis l’accent sur l’importance croissante des cadres juridiques pour protéger les écosystèmes aquatiques et sur le pouvoir de l’engagement communautaire dans la défense de l’environnement.
JEUDI
La Confluence s’est ouverte dans la merveilleuse église de San Lorenzo, aujourd’hui rouverte en tant qu’espace océanique de la TBA21-Académie, grâce à un rituel d’ouverture facilité par Carolijn Terwindt, de l’ambassade de la mer du Nord, et Erena Rhose, une ancienne Maori. L’unique « Water Bodies Orchestra » de Harpo ‘t Hart, réalisé en collaboration avec le Pavillon du changement climatique de Venise, a également offert aux participants la possibilité d’écouter les sons de ces eaux grâce à des bracelets, offrant ainsi une connexion multisensorielle avec les écosystèmes. La soirée s’est achevée par la projection de « I am the River, the River is Me » (Je suis la rivière, la rivière est moi), qui relie l’appel européen en faveur des droits écosystémiques à la bataille pionnière des Maoris.
VENDREDI
Le vendredi, la Confluence a mis en lumière une série de présentations et de tables rondes soulignant les efforts collectifs réalisés en matière de conservation, réaffirmant la valeur des expériences partagées dans la lutte pour la préservation des divers écosystèmes aquatiques d’Europe. La structure du réseau de la Confluence, qui allie la pratique artistique, la recherche juridique et l’activisme, a été reproduite dans deux tables rondes organisées par NICHE, le centre de recherche en sciences humaines de l’environnement de l’université Ca’ Foscari de Venise (voir plus de détails ici).

SAMEDI
Samedi matin, nous avons rencontré des activistes locaux de la lagune de Venise, qui se battent pour que les intérêts écologiques de la lagune soient mieux pris en compte. Accueillis par le groupe d’activistes Poveglia per Tutti et enrichis par la présence de la délégation de Mar Menor, ce fut un moment clé au cours duquel 15 associations de la lagune ont discuté de la possibilité d’adopter pour la première fois des droits de la nature. Une campagne faisant suite à ce premier pas est actuellement en cours d’élaboration.
Ce rassemblement a été suivi d’un rituel de deuil animé par Maria Lucia Cruz Correia, du Natural Contract Lab, au cours duquel les membres de Confluence et les activistes locaux se sont réunis sur les rives de la lagune méridionale.
La soirée du samedi a été marquée par une collaboration artistique combinant créativité et activisme. Une installation de Jakob Kukula et Leon Lapa Pereira, la « valise diplomatique » a voyagé jusqu’à Venise après avoir été réalisée sur la Mar Menor. Ce rituel collectif a permis aux participants d’envoyer des échantillons d’eau de leurs masses d’eau respectives pour qu’elles soient représentées lors de l’événement. L’installation a ensuite fait le tour de l’Europe, diffusant le message de la conservation de l’eau.
DIMANCHE
Le dimanche matin, une assemblée pour la rivière Piave s’est tenue sous le patronage du Tribunal international des droits de la nature (GARN) à Ocean Space, rassemblant les preuves et les connaissances des activistes et des experts que nous avions rencontrés au cours de la semaine.
L’événement a atteint son point culminant avec une cérémonie symbolique – un « mariage » entre l’eau et l’humanité, organisé dans le style traditionnel vénitien des « Noces de la mer ». Cette cérémonie, organisée par l’artiste Jessica Ullevålseter avec la participation de Tito Pamio, un ancien activiste local, dans le rôle du marié, a mis en évidence le lien essentiel entre les humains et l’eau en tant que source de vie. Elle a rappelé avec force que le respect des écosystèmes aquatiques, plutôt que leur domination, est essentiel pour assurer leur survie. Tous les plans d’eau présents à la Confluence ont servi de témoins à cette union, soulignant ainsi la responsabilité partagée que nous avons tous dans la protection de ces ressources naturelles vitales. Le mariage a également été célébré par la marche traditionnelle des masses d’eau, avec la magnifique scénographie et la ritualité développées par le collectif polonais River Sisters.
La Confluence des masses d’eau 2024 s’est achevée sur un profond sentiment de solidarité et un engagement renouvelé en faveur de la sauvegarde des voies d’eau européennes. En quittant les rives boueuses de la lagune vénitienne, les participants ont emporté avec eux une volonté renforcée de continuer à plaider en faveur de la reconnaissance juridique, de l’action politique et du respect culturel des masses d’eau de la planète. La Confluence n’était pas seulement une célébration, mais un moment clé dans la lutte pour la justice de la terre.
Pour vous tenir au courant des événements à venir et en savoir plus sur les masses d’eau participantes, consultez le site www.water-bodies.eu. La lutte pour nos écosystèmes aquatiques se poursuit et chaque voix compte.
